Diversité = Sagesse & résilience

J’aimerai parler de diversité et de ses bienfaits dans des domaines très différents.

Lors d’une visite au musée des sciences et techniques à la Villette à Paris dernièrement, j’ai (re)découvert certains principes du bio-mimétisme [1]. L’exposition montrait certaines des astuces que le vivant a développé pour faire face aux contraintes extrêmement diverses de son environnement. Notre espèce pourrait s’en inspirer pour mieux résoudre le problème de sa place dans la Nature (réchauffement climatique, destruction de la biodiversité, pollution…). Une des animations les plus frappantes fut pour moi la résilience d’une communauté d’escargots (animaux pour lesquelles j’ai une affection certaine) face à la destruction de leur habitat naturel. Les communautés qui résistèrent le mieux à cette catastrophe, furent celles avec la plus grande diversité d’espèces en leur sein. Ce fait n’est pas uniquement propre aux escargots : on sait également que les forêts dans lesquels se trouvent une multitude d’espèces sont plus résistantes aux feux ou aux maladies par exemple [2].

D’une manière plus abstraite, les escargots en tant qu’espèce ont compris qu’il fallait miser sur une multitude de tactiques pour survivre dans la durée. Ces différentes tactiques se manifestent par les différentes sous-espèces qui ont toutes une spécialité : résistance aux maladies, à la sécheresse ou au manque de nourriture par exemple. Il se peut qu’une des sous-espèces soit particulièrement adaptée à un moment donné, mais avec des conditions moins favorables, une autre sous-espèce pourra prendre le dessus. Cette caractéristique permet aux escargots en tant qu’espèce de survivre.

Changeons de domaine. Si vous vouliez estimer la quantité de viande présente sur un animal avant de l’abattre, à qui vous adresseriez-vous ? À un boucher ? À l’éleveur ? Cette question fut posée par Sir Francis Galton au début du 20ème siècle [3]. Il a demandé à plusieurs centaines de personnes sans connaissances à priori de donner une estimation de la viande à tirer d’un bœuf. Le poids final de la viande tirée de l’animal abattu fut de 543 kg. Alors que l’erreur moyenne de l’estimation de chaque participant était de 24kg, la moyenne des estimations était-elle de 548kg, très proche de la valeur réelle. Soyons moins mathématique. En général, les gens se trompaient dans leur estimation du poids de la viande de bœuf. Certains sous-estimaient le poids, d’autres le surestimaient. La différence ‘habituelle’ entre leurs estimations et la vraie valeur était de 24kg. Toutefois, en regardant la moyenne de toutes leurs estimations, Sir Galton obtint un poids de 548kg, à 5kg de la vraie valeur. L’ensemble des mauvaises estimations initiales contenaient donc de l’information permettant d’obtenir une bien meilleure prédiction. D’autres études ont depuis démontré que ces estimations basées sur un grand nombre d’avis sont presque toujours meilleures que les estimations d’un seul expert. Pourquoi ? Parce que dans le cas de notre bœuf, les sous-estimations se compensent avec les surestimations pour donner le bon résultat.

Plus généralement, des opinions contraires cherchent à trouver le moins mauvais désaccord entre les deux parties. Si vous achetez une voiture et que vous reçevez un avis très negatif et un très postif, alors votre propre opinion a de grandes chances de se trouver quelque part entre les deux. En plus, cette opinion ‘moyenne’ est probablement plus juste que les deux extrêmes que vous venez d’entendre : il est rare qu’une voiture soit vraiment excellente, ou au contraire, extrêmement mal conçue. Cette théorie a été maintes fois vérifiée dans différents scénarios : les marchés prédictifs, l’intelligence artificielle… à tel point que poser la question de la stratégie d’une entreprise à ses propres employés peut être une technique de gestion d’entreprise efficace lorsque le sujet devient complexe. De cette diversité d’opinion nait ce qu’on appelle l’intelligence collective [4].

En fait, il est toujours sage de demander à plusieurs personnes (ou escargots) comment affronter une difficulté au mieux. Si une entreprise mise tout sur une unique stratégie, elle risque de se trouver dans une situation difficile dès que les hypothèses sur lesquels elle base son business-model changent (on peut penser à Kodak lors du passage aux appareils photo numériques). Avoir plusieurs options à sa disposition permet de sélectionner la meilleure pour une situation donnée ou alors de les confronter pour en tirer le meilleur de chacune. Cela peut-être une question de survie !

[1] http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/expos-permanentes/les-expositions/bio-inspiree/

[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/08/15/ne-prenons-plus-les-plantations-d-arbres-pour-des-forets_6049004_3232.html

[3] F. Galton, “Vox Populi”, Nature 75 (1907)

[4] Emile Servan-Schreiber, “Supercollectif. La nouvelle puissance de nos intelligences.”, éditions Fayard.

Photo Karl-Josef Hildenbrand. AFP

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